Camper sous les flocons

par Guillaume Vincent

Pour bien des adeptes de plein air, le camping sauvage représente le nec plus ultra d’une retraite en nature. Lors de la saison froide, certains mordus vont même jusqu’à planter leur tente dans la neige, en plein cœur de l’hiver boréal. Brrr, direz-vous! Assurément. Mais l’exercice garantit aux campeurs une tranquillité sans égale dans un décor enchanteur. Cette évasion hors du commun comporte toutefois sa dose de risques. Voici donc quelques solutions pour apprivoiser le froid, et faire de l’hiver l’amant anecdotique de ses nuits.

Le camping d’hiver séduit un nombre grandissant d’inconditionnels de séjour en nature. Le matériel nécessaire à ce type d’escapades s’est grandement perfectionné, permettant des incursions hivernales de plus en plus confortables. Cet équipement, dont la liste est exhaustive, a toutefois un prix; et ce dernier n’est pas à la portée de toutes les bourses. Afin de tenter l’expérience sans se ruiner – et sans risquer les engelures – il peut être judicieux d’opter pour une des nombreuses solutions d’hébergements en nature telles que les iourtes, les refuges et les chalets, offertes notamment dans plusieurs parcs de la Sépaq. Les passionnés de randonnées hivernales ainsi que les familles d’aventuriers y trouveront très certainement leur compte. Loin de toute civilisation, ce type de gite confère la dose d’intimité désirée et garantit, après de longues heures d’excursions, un confort bien mérité.

En mode glamping

Le camping d’hiver ne veut donc pas forcément dire survie. Il est en effet possible de faire l’expérience, en plein hiver, du camping de luxe, ou « glamping ». Nouvelle génération d’hébergement de style minimaison ultra tendance, le chalet EXP a fait son apparition au courant de l’été 2013 dans les parcs de la Sépaq. Grâce à une fenestration abondante, l’EXP confère aux visiteurs l’impression d’être en pleine nature. Il peut accueillir de deux à quatre personnes selon l’endroit. Et dans le cas de l’EXP, qui dit luxe, dit tout équipé : eau chaude, chauffage, cuisine complète, salle de bain et poêle deux ronds à l'électricité. « Chéri, tu me passes le vin, s’il te plait ? »

Quelques destinations récréotouristiques offrent également la possibilité de passer la nuit dans des cabanes tout confort, perchées dans les arbres. Kabania et Vivre Perché, respectivement situés dans Lanaudière et les Laurentides, proposent quelques modèles forts sympathiques de ces constructions aériennes. On retrouve également, sur le site de Les Toits du monde, quelques solutions inusitées de prêt à camper telles des maisons de Hobbit, des cabanes arboricoles ainsi que des iourtes de Mongolie. Pour 15$ supplémentaires, un attelage de chiens de traineau transportera même vos bagages jusqu’à votre cabane. On est en mode glamping ou on ne l’est pas.

Tenter l’aventure hivernale

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Vous êtes résolu à coucher sous la tente? Sachez tout d’abord qu’il est conseillé de commencer tout en douceur au printemps, ou à l’automne, lorsque le mercure commence à flirter avec zéro. En plein hiver, on suggère de s’initier d’abord en transportant avec soi tout le matériel nécessaire avant de trouver refuge, la nuit venue. 

« Les débutants auront ainsi la chance de se familiariser avec l’effort que demande une telle randonnée, car il y a beaucoup de matériel à transporter », fait valoir Alexandre Coser, instructeur de survie en forêt chez Fugitif. « Une fois la nuit tombée, on sera bien heureux de pouvoir faire sécher ses vêtements. Après deux ou trois expéditions de ce genre, on peut prévoir un vrai camping d’hiver », précise-t-il.

« T’es pas sérieux, papa! »

Il n’est toutefois pas nécessaire de partir en expédition en foret pour gouter aux plaisirs du camping d’hiver. On peut, par exemple, planter notre tente à l’arrière de notre jardin. « Que du bonheur! » affirme Jean-François Boily, délégué commercial au parc national du Mont-Tremblant, qui a initié ses enfants au camping hivernal par -15 °C. « Les enfants avaient peur d’avoir froid, mais ils ont adoré. Ils ont même fait la grasse matinée. On respire vraiment bien la nuit dans la tente. »

Pour une première fois, Jean-François conseille également la Sablonnière dans le secteur de la Diable, au parc national du Mont-Tremblant. Située entre le poste d’accueil et le lac Monroe, la Sablonnière se trouve à proximité du Centre de découverte et offre ainsi la possibilité de se réchauffer en tout temps. Un téléphone d’urgence y est même disponible.

 

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L’expédition : ce qu’un bon campeur d’hiver doit savoir

On change de registre. Place à l’aventure, où la connaissance de techniques de base en matière de survie peut faire toute la différence. « Avant de partir en randonnée hivernale, il vaut mieux avoir ce vieux proverbe en tête : espérer le meilleur et se préparer au pire. Le camping d’hiver a beaucoup de points en commun avec un exercice planifié de survie en milieu hivernal. Tout se résume à l’essentiel : un abri, de l’eau, de la nourriture et la connaissance en tout temps de l’endroit exact où on se trouve. » Cette citation, tirée d’un ouvrage de Ben Shillington, représente pour Alexandre Coser une référence ultime. Nous voilà donc avertis. 

Pour celles et ceux qui désirent malgré tout vivre pleinement l’expérience, quelques règles essentielles sont à respecter. Tout d’abord, il est crucial qu’une personne de confiance connaisse votre itinéraire ainsi que le jour et l’heure estimée de votre retour. Il est également fortement conseillé d’être au minimum trois randonneurs pour entreprendre cette aventure.  

« En cas de chute ou d’accident, une personne pourra rester aux côtés du blessé tandis que l’autre ira chercher du secours, invoque Alexandre Coser. L’idéal serait de partir avec un guide. À défaut de quoi, avoir des connaissances de base en survie est un impératif. Une journée de formation suffit à se familiariser avec les techniques de base. Ça peut vraiment valoir le coup », affirme-t-il.

 

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« La liste de mes envies »

Nous le disions plus haut, la liste de matériel nécessaire est exhaustive. Il est toutefois possible de louer une partie de l’équipement dans des magasins spécialisés comme MEC et La Cordée. Pour le déplacement, les raquettes sont primordiales, au même titre que les bâtons de marche. Pour la nuit, privilégiez une tente quatre saisons. Deux matelas de sol seront également indispensables, l’un en mousse et l’autre autogonflant. Idéalement, il faut prévoir dans son sac un petit morceau de tapis de mousse à utiliser le soir pour s’assoir.

Pour les mains; les moufles – ou mitaines – sont à prioriser. Pour les pieds, choisir des bottes de haute montagne très étanches, que vous aurez préalablement testées sous la pluie automnale. Il ne faudra pas oublier les guêtres, qui empêcheront la chaleur de sortir et la neige de rentrer. 

Une gourde à large goulot sans BPA, une pelle pliante, une lampe frontale (on prendra soin de garder les batteries au chaud), un réchaud muni de bonbonnes accueillant idéalement un mélange de butane et de propane, une paire de chaussettes de rechanges dans un sac Ziploc et un grand sac hermétique font également partie des incontournables. 

Quant à la tenue vestimentaire, il faut à tout prix éviter le coton et opter pour plusieurs couches superposées, aussi bien pour le haut que pour le bas du corps. La couche de base devrait être en polyester ou en polypropylène. Une laine polaire servira de deuxième couche alors qu’une coquille de goretex formera la troisième. Pour la nuit, une laine mérinos pourra se joindre – sous le goretex – à cette joyeuse pelure d’ognon. Il faudra également enfiler un bonnet pour dormir, même si le sac de couchage est muni d’une capuche. Ce dernier devrait pouvoir vous garder au chaud à -30 °C. « Un petit vin chaud, ma chérie? »

 

 

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